Emmanuel. Ou l’ami roux.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

Très peu de cheveux. Tout le temps couvert de la tête aux pieds.
Allergique au soleil. Lunettes teintées. Il porte un chapeau, même sous son casque. Ou alors deux morceaux de Sopalin pour éviter les coups de soleil.
Il porte des gants épais noirs. Quinze jours à vélo, dans sa valise, en plus de ses deux sacoches, il a plié ses chemises à manches longues, son pyjama et son peignoir. Son vélo, un vieux Peugeot, les vitesses se changent sur le cadre. Il y a souvent des problèmes de freins, de chambre à air, … Sa pochette de guidon, ne tient plus très bien sur le vélo, accrochée de façon précaire, on a essayé de la lui voler.

 

 

 

 

 

Emmanuel. Ou l’ami roux.

S’endort très facilement. Il dort n’importe où, n’importe quand,
n’importe comment.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

S’endort sur la plage. Les pieds ancrés dans le sable pour trouver une stabilité et pour éviter les coups de soleil sur le dessus des pieds. Il a mis son peignoir bleu marine et ses lunettes de soleil. Il fait beau, la plage est peuplée de familles, de personnes seules, de colonies de vacances, de jeunes entre copains, de jeunes suivant des cours de surf, … et puis il y a Emmanuel, là, face à la mer, les yeux fermés, il s’endort. Très vite.
Ses genoux se verrouillent. Sa femme le réveille au moment de partir. Il lui faut un temps pour émerger et il repart à pieds pour revenir à son vélo, ça lui arrive de perdre l’équilibre en marchant dans le sable fin de la plage de Ouistreham le 14 août 2020, après avoir mangé un sandwich classique, pas très garni.
Il aime la plage, il aime regarder la mer, mais ne se baigne pratiquement jamais. L’eau est trop froide, le temps qu’il rentre dans l’eau, ses amis sont déjà ressortis.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

Arrêt pique-nique sous quelques arbres, au bord d’une rivière. Un moulin en contre-bas.
Lui ne pique-nique pas. Il fait beau. Il fait chaud. Des gens se baignent dans le peu d’eau qui coule. Il y a des grenouilles, des têtards, et beaucoup de vase. Il s’éloigne du groupe.
Il s’endort sur le ventre, au pied d’un pin qui lui fait de l’ombre. Le sol ne paraît pas agréable. L’herbe n’existe pas vraiment. Il y a des aiguilles de pins parsemées. Il a mis son chapeau sous sa tête. D’une minute à l’autre, il dort. Il est couché sur le ventre, la tête sur le côté gauche, un bras le long du corps, et l’autre au niveau de sa tête, ses pieds sont tournés vers l’extérieur.
Il ne bouge pas.
Plus tard, en se réveillant, sa joue sera marquée par le sol. Ce jour-là, il porte sa chemise à carreaux bleu et blanc.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

Un château sur le côté de la route, un groupe est arrêté. Emmanuel est là.
Il ne visite pas le château. Un pont le sépare de la route. Sur ce pont, un muret de pierres.
Il va s’allonger sur le dos. Son corps tient. La largeur du petit mur. Il pose ses gants sur son ventre. Il pose son chapeau sur sa tête en gardant sa main dessus.
Un sentiment de peur apparaît sur le visage de sa femme. Elle a l’habitude qu’il se mette dans des positions précaires. Instables. Il ne voit pas toujours le danger.
Tout va bien, il se relève. Et il repart.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

S’endort à l’extérieur comme à l’intérieur.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

Assis. Au déjeuner. Il pose sa tête dans sa main. Il dort. Au réveil.
Une trace rouge apparaît sur son visage blanc.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

Debout adossé à un mur. Entre deux pièces. Appuyé au chambranle d’une porte. Il pose sa tête. Ferme les yeux.
Il porte toujours ses lunettes teintées. À l’intérieur, elles se transforment. S’éclaircissent.

Emmanuel. Ou l’ami roux.

Caen. Le 13 août 2020. Un arrêt de bus. Un abribus. Arrivée dans 17min.
Le point d’arrivée est trop loin. Il faut prendre le bus. L’attente.
L’abribus. Pas seulement un panneau pour indiquer l’arrêt. Des vitres tenues par des poteaux de métal. Sur une vitre. Les différentes lignes et horaires sont indiqués. Il y a les plans des lignes.
Emmanuel. À l’extérieur de cet abri, appuyé au poteau ou pas. Il s’endort. Le bus arrive.
 Il se réveille. Le trajet en bus est long. Il commence par regarder dehors. Puis sa tête se pose sur la vitre du bus.
Il s’endort. Sa tête va d’avant en arrière suivant le mouvement du bus.